Favoriser l'amour fraternel : cultiver la complicité entre frères et sœurs
Publié le 22 janvier 2026
9 minutes de lecture
"Papa, elle ne veut pas jouer avec moi !", "C'est pas juste, lui il a le droit !" Les disputes entre frères et sœurs résonnent dans la plupart des foyers et peuvent épuiser même les parents les plus patients. Pourtant, contrairement à une idée reçue, la rivalité fraternelle n'est pas une fatalité inscrite dans les gènes. Elle n'est pas "naturelle" au sens où les enfants ne sont pas naturellement poussés à s’opposer, bien au contraire.
En réalité, la relation entre frères et sœurs se construit, se cultive, s'apprend. Les enfants ne naissent pas rivaux : ils le deviennent parfois lorsque, malgré eux, une dynamique de comparaison ou de compétition s’installe à la maison.. La bonne nouvelle ? L’entourage a un pouvoir immense pour favoriser une relation fraternelle bienveillante et complice. Découvrons ensemble comment accompagner vos enfants vers une fraternité épanouie.
Du côté des parents : doutes, angoisses et difficultés face à la fratrie
L'angoisse de l'annonce : "Comment va réagir mon aîné ?"
Dès l'annonce d'une grossesse, de nombreux parents sont envahis par l'inquiétude. Ces questions tournent en boucle, parfois dès le test de grossesse positif. Certains peuvent même craindre de ne pas pouvoir aimer deux enfants de la même manière.
La période de la grossesse peut également être marquée par les questions incessantes de l'aîné. Les interrogations, même si elles sont attendrissantes, peuvent aussi raviver les inquiétudes parentales et créer une certaine pression.
La culpabilité des comparaisons involontaires
La culpabilité : "Je ne devrais pas comparer mes enfants, c'est terrible."
Cette culpabilité est d'autant plus lourde quand les comparaisons s'échappent malgré soi, dans un moment de fatigue ou d'exaspération. "Regarde ta soeur comme elle est sage !" lancé dans l'épuisement d'une fin de journée difficile laisse un goût amer. Les parents se reprochent alors d'avoir créé une dynamique de rivalité qu'ils cherchent justement à éviter.
Certains parents se sentent également coupables d'avoir des affinités différentes avec chaque enfant. "J'adore jouer au foot avec mon aîné, mais les activités d’éveil avec mon bébé m'ennuient". Cette préférence pour certaines activités peut être interprétée, à tort, comme une préférence pour un enfant.
L'épuisement face aux conflits permanents
"Ils se disputent TOUT LE TEMPS !" Cette plainte revient constamment chez les parents de fratries rapprochées. Cette ambiance conflictuelle permanente use nerveusement et fait douter de ses compétences parentales.
Certains parents se demandent s'ils ont fait quelque chose de mal pour que leurs enfants s'entendent si peu. "Mes amis ont des enfants qui jouent calmement ensemble pendant des heures. Qu'est-ce qui cloche chez nous ?" Cette comparaison avec d'autres familles (souvent idéalisées) alimente le sentiment d'échec.
L'arbitrage constant des disputes devient également épuisant. "Qui a commencé ? Comment être juste ?" Certains parents finissent par punir systématiquement le plus grand, d'autres le plus jeune, créant malgré eux des injustices qui nourrissent le ressentiment.
Beaucoup de parents portent eux-mêmes les traces de leur propre fratrie difficile. Ces blessures personnelles créent une peur viscérale de reproduire le même schéma avec ses propres enfants.
Le défi de l'équité impossible
"C'est pas juste !" Cette phrase retentit quotidiennement dans les foyers. Et elle met les parents face à un dilemme insoluble : comment être parfaitement équitable avec des enfants d'âges, de tempéraments et de besoins différents ?
Les parents s'épuisent souvent à vouloir une égalité mathématique : même nombre de cadeaux, même temps d'attention, même quantité de gâteau au millimètre près. Cette quête de l'égalité parfaite est non seulement impossible mais aussi contre-productive. Pourtant, la culpabilité surgit dès qu'un enfant reçoit ou fait quelque chose que l'autre n'a pas.
Du côté des enfants : ressentis, difficultés et questionnements
La peur de perdre sa place et l'amour de ses parents
Pour un enfant qui a été fils ou fille unique pendant quelques années, l'arrivée d'un petit frère ou d'une petite sœur peut déséquilibrer momentanément son univers. Même si l'enfant ne formule pas toujours clairement les questions qu’il se pose, elles peuvent souvent lui trotter dans la tête. Certains enfants expriment ce stress par des régressions : ils recommencent à faire pipi au lit, redemandent la tétine, réclament d'être portés comme un bébé. D'autres développent des comportements agressifs envers le nouveau-né.
Cette peur de perdre sa place est particulièrement aiguë dans les premiers mois après la naissance. L'aîné voit ses parents fatigués, occupés en permanence, moins disponibles pour jouer. Même avec les meilleures intentions du monde, les parents ont objectivement moins de temps et d'énergie, et l'enfant le ressent. Cela fait partie de la vie, il va pouvoir se décentrer, développer plus d’empathie et expérimenter quelques frustrations formatrices pour l’avenir.
Le sentiment d'injustice permanent
"C'est pas juste !" n'est pas qu'un caprice. Pour un enfant, c'est l'expression d'un ressenti profond d'iniquité qui peut vraiment le faire souffrir. Pourquoi le grand a le droit de se coucher plus tard ? Pourquoi le petit a un nouveau jouet alors que moi je n'ai rien ? Pourquoi elle peut aller chez sa copine et pas moi ?
Les enfants n'ont pas encore développé la capacité cognitive de comprendre pleinement que les besoins diffèrent selon l'âge ou les situations. Pour eux, toute différence de traitement ressemble à une préférence. "Si on ne me donne pas exactement la même chose, ce n’est pas juste."
La difficulté à partager : jouets, espace, attention
Partager n'est pas un instinct naturel chez l'enfant, c'est une compétence sociale qui s'apprend progressivement. Entre 2 et 5 ans, les enfants sont dans une phase égocentrique classique où tout est “à moi”. L'arrivée d'un frère ou d'une sœur les force à partager non seulement leurs jouets, mais aussi leur espace, leur chambre parfois, et surtout l'attention de leurs parents.
Le partage de l'attention parentale peut être plus difficile que le partage du matériel. Quand maman lit une histoire au petit, l'aîné peut se sentir exclu. Quand papa aide le grand avec ses devoirs, le petit réclame bruyamment de l'attention. Chacun veut être le centre du monde parental, et la présence d'un frère ou d'une sœur rend cela impossible.
Les comparaisons blessantes subies
Même lorsque les parents sont attentifs, il peut arriver que les enfants se comparent entre eux ou soient comparés par leur entourage. Des remarques comme : « Toi, tu sembles à l’aise en maths comme papa, tandis que ta sœur paraît plus artistique », ou encore « Ton frère a eu son vélo à 6 ans, tu l’auras sans doute au même âge » sont souvent formulées sans intention négative. Pourtant, elles peuvent parfois contribuer à installer des catégories ou des rôles implicites. Dans certains cas, l’enfant peut avoir le sentiment d’être enfermé dans une étiquette.
Les comparaisons portant sur les performances peuvent être ressenties comme encore plus sensibles. L’enfant pourrait alors interpréter ces remarques comme un signe de déception ou avoir l’impression de ne pas être à la hauteur, voire de valoir moins qu’un autre. Selon les situations et la sensibilité de chacun, ces expériences peuvent laisser une empreinte durable sur l’estime de soi.
Le besoin d'attention individuelle non comblé
Dans une fratrie, certains enfants peuvent avoir l'impression de passer inaperçus. Ce besoin d'être reconnu comme individu unique, avec ses goûts, ses rêves, ses particularités, est fondamental. Quand ce besoin n'est pas comblé, ils peuvent se replier sur eux-mêmes et se sentir invisibles dans la dynamique familiale. Quand d'autres, au contraire, multiplient les bêtises ou les provocations pour capter l'attention, même négative.
Pistes pour cultiver l'amour fraternel au quotidien
1. Préparer l'arrivée d'un nouveau bébé en impliquant l'aîné
Pendant la grossesse, parlez régulièrement du bébé qui grandit dans votre ventre. Montrez des échographies, lisez ensemble des livres sur les bébés, laissez votre enfant toucher votre ventre pour sentir les mouvements. Impliquez-le dans les préparatifs : choix du prénom, décoration de la chambre, achat de quelques vêtements ou jouets pour le bébé. Regardez également tous les albums photos de lui quand il était lui-même bébé. Expliquez-lui tout ce que vous faisiez pour prendre soin de lui.
Soyez honnête sur les changements : "Le bébé va pleurer au début, il va avoir besoin de beaucoup de sommeil, il ne pourra pas jouer tout de suite avec toi. Mais petit à petit, il grandira et vous pourrez faire plein de choses ensemble."
Rassurez sur sa place unique : "On t'aime infiniment et le bébé ne prendra jamais ta place. Il aura SA place, différente de la tienne. Notre cœur ne se divise pas, il grandit pour accueillir tout le monde."
Après la naissance, permettez à l'aîné de participer aux soins du bébé selon ses capacités : apporter une couche, chanter une chanson, choisir la tenue du jour. Photographiez-les ensemble pour créer des premiers souvenirs de fratrie. Valorisez son rôle de grand frère ou grande sœur sans le surresponsabiliser.
2. Partager du temps individuel avec chaque enfant
Créez des moments privilégiés en tête-à-tête avec chaque enfant, même courts. Une sortie au parc juste avec maman, une séance cuisine juste avec papa, un trajet en voiture où on discute vraiment, un petit-déjeuner en duo pendant que l'autre dort...
Lors de ces moments, soyez pleinement présent : téléphone éteint, attention totale portée à l'enfant. Laissez-le choisir l'activité. Écoutez-le parler de sa vie, de ses amis, de ses rêves, de ses inquiétudes. Ces conversations renforcent son sentiment d'être vu et aimé pour ce qu'il est.
Ritualisez certains moments : par exemple, chaque enfant a "sa soirée" une fois par mois où il choisit le menu du dîner, le film à regarder, ou l'activité en famille. Ou encore, le samedi matin, un parent emmène un enfant faire une activité pendant que l'autre parent reste avec le deuxième, et on alterne la semaine suivante.
3. Encourager les activités communes qui créent de la complicité
Les jeux de société adaptés à tous les âges : privilégiez les jeux coopératifs où toute la famille joue ensemble contre le jeu (et non les uns contre les autres). Ces jeux enseignent l'entraide, la stratégie commune, la célébration collective de la victoire.
Les constructions communes : Lego, Duplo, Kapla, puzzles... Le grand peut aider le petit, lui apprendre des techniques, et ensemble ils créent quelque chose dont ils sont fiers. Exposez leurs créations communes pour valoriser leur travail d'équipe.
Les jeux d'imitation : jouer à la maison, au restaurant, au docteur, aux super-héros... Ces jeux permettent aux enfants d'explorer des rôles, de créer des histoires ensemble. Les grands adorent organiser et diriger, les petits admirent et imitent.
Les lectures ou soirées “ciné” partagées : installez un rituel de lecture ou la projection d’un film où tout le monde se blottit ensemble. Après la lecture ou le film, discutez de l'histoire : qu'avez-vous préféré ? Comment auriez-vous réagi ?
Les projets créatifs : préparer un spectacle pour l'anniversaire de papa, créer un cadeau pour mamie, fabriquer une cabane dans le jardin, cuisiner un gâteau ensemble où chacun a sa mission. Ces projets communs créent un sentiment d'équipe et de fierté partagée.
4. Éviter au maximum les comparaisons et la mise en compétition
Bannissez les phrases comparatives : "Pourquoi tu n'es pas sage comme ton frère ?", "Ta sœur elle mange bien, elle", "Regarde comme il a bien rangé sa chambre". Même si ces remarques partent d'une intention de motiver, elles créent une hiérarchie blessante.
Privilégiez les observations personnalisées : "J'ai remarqué que tu as fait des progrès en écriture", "Ton dessin est très coloré, j'aime le choix des couleurs", "Tu as été très patient aujourd'hui". Ces remarques valorisent l'enfant pour ce qu'il est, sans référence à un autre.
Évitez la compétition : "On va voir qui range sa chambre le plus vite !" crée un gagnant et un perdant. Préférez la coopération en rangeant tous les espaces ensemble.
Ne confiez pas de rôles figés : "C'est l'intello", "C'est le sportif", "C'est notre artiste"... Laissez chaque enfant libre d'explorer tous les domaines sans devoir se spécialiser pour se différencier.
5. Rester neutre et factuel lors des conflits
Ne cherchez pas systématiquement le coupable : "Qui a commencé ?" est une question piège, surtout si vous n’avez pas vu la scène. Privilégiez : "Je vois deux enfants en colère. J'entends des cris. Qu'est-ce qui se passe ?"
Donnez la parole à chacun sans interrompre : "Gabriel, explique-moi ce qui t'a énervé. Maintenant Léa, dis-moi ce que toi tu as ressenti." Cette écoute aide les enfants à mettre des mots sur leurs émotions et à comprendre le point de vue de l'autre.
Posez un cadre ferme sur les violences : "Dans notre famille, on ne frappe pas, on n'insulte pas. Tu as le droit d'être en colère, mais tu dois trouver d'autres moyens de l'exprimer."
Accompagnez vers une résolution : “Chacun va seul dans son propre espace pendant quelques minutes.” “Vous allez partager le jouet avec 20 minutes de jeu à tour de rôle.” “Je range ce jouet si, pour le moment, vous ne pouvez pas y jouer ensemble calmement.”
6. Pratiquer l'équité plutôt que l'égalité
Expliquez la différence : L'équité, c'est donner à chacun ce dont il a besoin, pas exactement la même chose. “Tu te couches plus tôt parce que tu as besoin de plus de sommeil. Quand tu auras 10 ans, tu pourras aussi te coucher plus tard."
Validez les émotions même si vous ne changez pas votre décision : "Je comprends que tu trouves ça injuste. C'est normal de ressentir ça. Mais dans notre famille, chacun a des besoins différents et nous faisons de notre mieux pour y répondre avec amour."
Soyez transparent sur vos choix : "Aujourd'hui je vais acheter des nouvelles chaussures à ta sœur parce que les siennes sont trop petites. Le mois dernier, on t'a acheté un nouveau cartable. Ce n'est pas toujours au même moment, mais chacun reçoit ce dont il a besoin."
7. Organiser des conseils de famille réguliers
Instaurez un rendez-vous hebdomadaire (par exemple le dimanche soir) où toute la famille se réunit pour échanger, sans écrans ni distractions. Chaque membre de la famille, même le plus jeune, a le droit d'exprimer ses ressentis, ses besoins, ses frustrations. Parents et enfants parlent à tour égal des différents moments qui ont marqué la semaine, en positif comme en négatif bien sûr.
8. Valoriser et encourager les moments de complicité
Remarquez et soulignez les comportements fraternels positifs : "J'ai adoré vous voir construire ce château ensemble", "C'était vraiment gentil de ta part d'aider ton frère avec ses lacets", "Votre fou rire dans la chambre m'a fait sourire".
Créez des traditions fraternelles : une sortie annuelle rien qu'entre frères et sœurs, un album photo de leurs aventures communes, des petits rituels (se souhaiter bonne nuit avec un mot gentil, partager le goûter du mercredi...).
Photographiez leurs moments complices et affichez ces photos dans la maison. Ces images leur rappellent visuellement qu'ils forment une équipe, qu'ils peuvent s'amuser ensemble.
Racontez des histoires de fratrie : parlez-leur de vos propres frères et sœurs, des bons souvenirs que vous avez avec eux. Lisez des livres sur les fratries bienveillantes. Ces modèles les aident à se projeter dans une relation fraternelle positive.
9. Rappeler régulièrement que la fratrie est un lien pour la vie
Transmettez ce message fondamental : "Vos frères et sœurs sont vos premiers compagnons de vie. Vous grandirez ensemble, vous vous soutiendrez dans les moments difficiles, vous partagerez des joies.
Relativiser les disputes : "C'est normal de se disputer parfois. Tous les frères et sœurs le font. Ce qui compte, c'est d'apprendre à se réconcilier, à se pardonner, à continuer de s'aimer malgré les désaccords."
Racontez l'histoire de leur fratrie : "Tu te souviens quand tu as vu ta petite sœur pour la première fois ? Tu étais tellement émerveillé. Tu voulais la protéger." Ces récits construisent une mémoire positive commune et rappellent les origines de leur lien.
10. Modéliser les relations bienveillantes
Montrez l'exemple dans vos propres relations : comment vous parlez de vos frères et sœurs, comment vous gérez les conflits avec votre conjoint, comment vous vous excusez quand vous avez tort, comment vous pardonnez...
Exprimez vos émotions avec des mots : "J'ai besoin de calme pour...", "Je suis désolée, je n'aurais pas dû parler comme ça". Les enfants apprennent par imitation à communiquer sainement.
Reconnaissez vos erreurs : "J'ai été injuste tout à l'heure en te grondant alors que ce n'était pas ta faute. Je suis désolée." Cette humilité parentale est un modèle puissant d'honnêteté et de capacité à s'amender.
Conclusion
L'amour fraternel se cultive avec patience et bienveillance. Et vous, en tant que parent, en êtes les jardiniers attentifs. Chaque geste compte, chaque mot d'encouragement sème une graine. Avec le temps et la constance, ces graines donneront un arbre solide : une fratrie unie, capable de traverser ensemble toutes les tempêtes de la vie.
Accompagnante Parentale, spécialisée en sommeil, diversification alimentaire, allaitement et continence.
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